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La vérité qu’on évite souvent de regarder
« Je suis débordé(e). »
C’est probablement l’une des phrases que j’entends le plus souvent dans mes accompagnements professionnels. Et honnêtement, il arrive que ce soit vrai. Certaines personnes portent réellement une charge de travail démesurée qui dépasse leurs capacités ou les ressources dont elles disposent.
Mais dans bien des cas, lorsqu’on prend un pas de recul et qu’on analyse la situation avec objectivité, on découvre autre chose. La personne ne manque pas nécessairement de temps. Elle manque surtout de clarté, de structure et de priorités. Autrement dit, elle n’est pas tant débordée qu’emprisonnée dans un mode de fonctionnement qui entretient constamment la sensation de l’être.
La nuance est importante, parce qu’elle change complètement la façon d’aborder le problème.
Quand nous croyons que notre difficulté est causée par une surcharge de travail, nous avons l’impression de subir la situation. Nous attendons que le volume diminue, que les demandes se calment ou que les circonstances changent. À l’inverse, lorsque nous réalisons qu’une partie du problème vient de notre façon de gérer notre attention et nos priorités, nous retrouvons du pouvoir d’action.
L’une des principales causes de cette impression d’être constamment débordé est la perte de vue de l’objectif. Imaginez que vous preniez votre voiture pour partir vers une destination inconnue, sans adresse, sans GPS et sans itinéraire précis. Après un certain temps, vous auriez probablement l’impression de tourner en rond, de perdre du temps et de multiplier les détours inutiles. Pourtant, votre problème ne serait pas votre capacité à conduire. Le véritable problème serait l’absence de direction.
Au travail, c’est exactement ce qui se produit lorsque nous ne savons plus clairement ce que nous cherchons à accomplir.
Lorsque notre objectif manque de précision, toutes les tâches semblent importantes. Répondre à des courriels, participer à une réunion, accepter une nouvelle demande, régler une urgence ou aider un collègue se retrouvent toutes sur le même pied d’égalité. Notre cerveau ne possède plus de filtre efficace pour distinguer ce qui est essentiel de ce qui est simplement urgent.
Nous passons alors nos journées à courir d’une activité à l’autre avec l’impression de travailler sans arrêt, mais sans avoir le sentiment d’avancer réellement.
C’est ce qui arrive à plusieurs professionnels performants. Ils sont occupés du matin au soir, mais demeurent frustrés en fin de journée parce que les dossiers les plus importants n’ont pas progressé autant qu’ils l’auraient souhaité.
Prenons l’exemple de Sophie, une gestionnaire dont l’objectif de la journée est de finaliser une proposition stratégique destinée à un client majeur. Elle arrive au bureau avec les meilleures intentions du monde. Cependant, avant même d’avoir consacré une heure à son dossier, elle répond à plusieurs courriels, accepte une rencontre improvisée, traite quelques demandes urgentes de son équipe et consulte ses notifications à répétition. À la fin de la journée, elle est épuisée. Pourtant, sa proposition n’est toujours pas terminée.
Sa conclusion est immédiate : elle a trop de travail. Or, la réalité est souvent différente. Sophie a surtout laissé les priorités des autres prendre la place de la sienne.
Débordée quand le vrai problème est ailleurs !
C’est d’ailleurs l’une des confusions les plus fréquentes dans nos milieux professionnels. Nous confondons activité et productivité. Être occupé ne signifie pas nécessairement être efficace. Une journée remplie n’est pas automatiquement une journée productive.
À cela s’ajoute un autre phénomène devenu omniprésent : les interruptions constantes. Entre les courriels, les plateformes de messagerie, les notifications, les appels, les réunions et les sollicitations de toutes sortes, notre attention est continuellement fragmentée. Des chercheurs cités par la Revue Gestion de HEC Montréal soulignent d’ailleurs que les interruptions en milieu de travail ont considérablement augmenté et contribuent à ce qui est désormais qualifié de « déficit d’attention organisationnel ».*
Chaque interruption paraît insignifiante lorsqu’on la considère isolément. Pourtant, leur accumulation produit un effet dévastateur sur notre concentration. Notre cerveau doit constamment abandonner une tâche pour en reprendre une autre, puis revenir à la première. Cette gymnastique mentale consomme une quantité importante d’énergie et alimente directement la sensation de surcharge.
Imaginez un coureur obligé de changer de direction tous les dix mètres. Même en étant en excellente forme physique, il finirait par s’épuiser avant d’atteindre sa destination. C’est exactement ce qui se produit lorsque notre attention est constamment dispersée.
Comment cesser de se sentir débordé(e)
La bonne nouvelle, c’est qu’il existe une solution beaucoup plus accessible qu’on le croit. Les personnes qui semblent les plus en contrôle de leur emploi du temps ne disposent généralement pas de plus d’heures dans leur journée que les autres. Elles ont simplement développé une meilleure capacité à déterminer ce qui mérite réellement leur attention.
Elles savent ce qu’elles veulent accomplir. Elles connaissent leurs priorités. Elles comprennent l’impact des tâches qu’elles choisissent d’exécuter. Surtout, elles acceptent que tout ne peut pas être prioritaire en même temps.
Cette clarté agit comme un filtre décisionnel. Lorsqu’une nouvelle demande se présente, elles ne se demandent pas seulement si elles sont capables de la réaliser. Elles évaluent si cette demande les rapproche ou les éloigne de leur objectif principal.
C’est là qu’entre en jeu une compétence devenue essentielle dans notre monde professionnel : la capacité d’éliminer le chaos mental.
J’aime souvent dire à mes clients qu’ils doivent devenir des experts en élimination. Non pas éliminer les personnes ou les responsabilités, mais éliminer le bruit inutile. Éliminer les distractions, les tâches à faible valeur ajoutée, les préoccupations qui occupent de l’espace mental sans faire progresser les résultats. Éliminer également la croyance que tout mérite une attention immédiate.
Chaque matin, prenez l’habitude de vous demander quelle est la seule réalisation qui ferait une réelle différence si vous la complétiez aujourd’hui. Ensuite, protégez ce temps comme vous protégeriez un rendez-vous important avec un client. Faites également le tri régulièrement dans vos listes de tâches. Nous sommes très bons pour ajouter des obligations, mais beaucoup moins pour en retirer. Pourtant, la productivité repose autant sur ce que nous choisissons de ne pas faire que sur ce que nous accomplissons.
Au final, le sentiment d’être débordé(e) n’est pas toujours le reflet d’un manque de temps. Bien souvent, il révèle plutôt un manque de direction. Lorsque l’objectif est clair, les priorités deviennent plus évidentes. Lorsque les priorités sont claires, les distractions perdent de leur emprise. Et lorsque les distractions diminuent, l’impression de courir constamment après le temps commence enfin à s’estomper.
La prochaine fois que vous vous surprendrez à dire que vous êtes débordé(e), posez-vous une question simple : suis-je réellement submergé(e) par le volume de travail… ou suis-je en train de perdre mon énergie dans trop de directions à la fois?
La réponse pourrait bien transformer votre façon de travailler.
*https://www.revuegestion.ca/les-interruptions-nuisent-elles-a-la-capacite-dattention-de-votre-equipe
Passer à l’action
Se sentir constamment débordé(e) n’est pas toujours une question de temps. Bien souvent, quelques ajustements dans notre façon de planifier, d’organiser et de prioriser peuvent faire toute la différence.
Pour approfondir ces stratégies et découvrir des outils concrets pour mieux gérer vos priorités, je vous invite à découvrir notre formation :
: https://complx.ca/boutique/aut24-mieux-gerer-et-organiser-son-temps-et-ses-ressources/Si vous souhaitez faire le point sur votre réalité professionnelle et explorer des pistes adaptées à votre contexte, je vous invite également à prendre un moment avec moi :
Julie Dupuis
Julie Dupuis is passionate about human behaviour and personal development, a passion she has been putting to good use for over 20 years.
With several university degrees in social sciences, human relations and administration, she is a NOVA-certified NLP coach, Black Belt Lean SixSigma, ND, speaker and expert in organisational development. She also holds a doctorate in naturopathy, and has developed her knowledge of health and well-being to understand and integrate a holistic approach into her relationship with performance. She works with businesses and municipal organisations, and is also a municipal administrator.
The author of the book "Fracasser les portes", she shares her difficult journey, which has made her stronger and more resilient. As CEO of Complexe X, she and her team are working to democratise skills development, aiming to influence as many people as possible to maximise their personal and organisational potential.
